Régis Juanico

Député de la Loire

Ma question à la ministre Françoise Nyssen sur le budget de la culture et l’avenir des centres dramatiques nationaux

Ce mardi 18 juillet, nous auditionnions en commission des affaires culturelles et de l’éducation, la ministre de la Culture Françoise Nyssen. A cette occasion, je l’ai interrogée sur les intentions précises du Gouvernement quant à la baisse de 50 millions d’euros du budget de la Culture dont 85% porteront sur les crédits « patrimoine » et « transmission des savoirs, démocratisation de la culture ». Je l’ai également questionnée sur l’avenir des Centres Dramatiques Nationaux (CDN), suite aux déclarations à Avignon de la directrice nationale de la création artistique du Ministère.

Au nom du groupe Nouvelle Gauche, je vous poserai deux brèves questions, madame la ministre.

La première porte sur le budget de votre ministère. Le Président de la République s’était engagé pendant la campagne à ne pas retirer un seul euro du budget de la culture. Pour 2017, ce sont en réalité 50 millions d’euros dont le ministère devra se priver. Certes, c’est un effort moindre que pour d’autres ministères, en particulier celui de la Défense, mais des questions se posent. Les économies se concentreront à 85 % sur les programmes « Patrimoine » et « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture ». Pouvez-vous nous assurer qu’elles ne porteront pas sur des actions telles que l’éducation artistique que nous venons d’évoquer ? Plus largement, pouvez-vous rassurer les acteurs de la culture sur le fait que le budget de la culture ne servira pas de variable d’ajustement, comme cela a été trop souvent le cas dans le passé ?

Ma deuxième question a trait aux propos que la directrice générale de la création artistique, Mme Régine Hatchondo, a tenus à Avignon. Ils ont suscité un émoi certain chez les acteurs du spectacle vivant, notamment les directeurs et directrices des Centres dramatiques nationaux (CDN) qui se sont entendu dire : « Votre modèle économique est à bout de souffle ! » Tout le monde avait à l’esprit les conclusions du récent rapport de M. René Bonnell, qui préconise notamment de prélever un euro sur chaque billet de spectacle du secteur public pour le reverser au fonds de soutien au théâtre privé. Pouvez-vous rassurer les acteurs culturels concernés sur la pérennité de leur modèle économique et de leurs ressources ainsi que sur la non-convergence entre théâtre public et théâtre privé ?

> La réponse de la ministre :

Sur les CDN :

Vous avez évoqué l’inquiétude des centres dramatiques nationaux (CDN). La lucidité qu’apporte l’inquiétude est fondamentale, mais il faut aussi savoir se mettre autour de la table pour voir comment avancer, c’est pour moi un principe essentiel. C’est ce que je vais m’appliquer à faire. Je n’ai pas de solution miracle. Il n’y a ni distance à marquer ni discours à asséner d’en haut. La seule solution, c’est de réfléchir ensemble.

Je regrette profondément que l’inquiétude des responsables de CDN se soit accrue après cet échange en Avignon et comprends leur sentiment d’incompréhension. Ce n’était pas du tout l’esprit de la démarche que j’ai entamée. Trois jours avant, j’avais pris du temps pour les rencontrer et réunir l’ensemble des syndicats du spectacle afin d’entendre ce qu’il y avait à entendre. Je souhaite établir un cadre de discussion constructif et transparent.

Trois sujets concentrent les préoccupations des directeurs et directrices de CDN : les moyens budgétaires dévolus à leurs structures dans un contexte d’érosion de leurs marges artistiques ; les relations entre théâtre privé et théâtre public ; l’éducation artistique et culturelle, pour laquelle les équipes de label effectuent un travail remarquable, intrinsèquement lié à la singularité de chaque projet artistique. À aucun moment, nous n’avons voulu remettre en cause cette spécificité. Nous voulons au contraire nous appuyer sur cet atout pour réfléchir encore mieux à cette politique de création.

Pour moi, se manifeste toujours la nécessité de partir des artistes, qui sont les créateurs de richesses aux avant-postes du rayonnement culturel de notre pays. Ils créent, interprètent, diffusent et contribuent par leur œuvre à l’échange des idées et opinions, indispensable à une société démocratique.

Je souhaite inscrire mon action dans l’histoire vivante de la décentralisation du spectacle vivant. Nous allons bientôt fêter les soixante-dix ans des centres dramatiques nationaux. Avec leurs directeurs et leurs directrices, nous allons imaginer ensemble comment célébrer cet anniversaire et réfléchir à l’avenir de cette politique.

Sur le budget :

La question budgétaire regroupe plusieurs aspects : la place du budget de la culture dans le budget de la Nation, les économies de 50 millions d’euros que le ministère doit consentir, les perspectives pour l’année prochaine alors que nous ne connaissons pas encore les arbitrages, et, enfin, le contexte contraint dans lequel évoluent la France et de nombreux pays du monde.

Je commencerai par ces fameuses économies de 50 millions d’euros. Elles n’affecteront en aucune façon, je le répète, les engagements concernant la création et le soutien aux artistes. Elles concernent des lignes budgétaires non utilisées ou des reports de crédits d’années antérieures, également non utilisés. Nous ne faisons qu’anticiper des ajustements qui interviennent chaque année.

S’agissant du budget pour 2018, je vous renvoie au magnifique discours que Victor Hugo a prononcé devant l’Assemblée nationale en 1848. Il dit bien l’esprit dans lequel nous travaillons. Une réalité économique globale s’impose aux pays de par le monde et chacun joue sa partie. Même si je m’éloigne un peu du budget, je tiens à vous citer ici la légende du colibri, si importante aux yeux de Pierre Rabhi, dont je vous ai dit être proche.

Un jour, un immense incendie ravage la forêt. Tous les animaux fuient et se rassemblent dans un coin, impuissants. Seul, un petit colibri se démène : il va chercher au puits quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu, revient et recommence sans relâche. Un animal se moque de lui en lui disant que cela ne sert à rien. Il lui répond : « Je le sais bien ; mais je fais ma part. » Très jolie histoire qui peut nous nourrir en chaque circonstance…

L’accès de tous à la culture est au cœur des priorités de ce quinquennat. Au récent sommet franco-allemand, lors de la conférence de presse, le Président de la République a rappelé devant la Chancelière Angela Merkel l’importance de la culture, qui alimente de manière transversale les diverses politiques.

Revenons sur quelques chiffres. À l’intérieur du budget du ministère, 3,6 milliards d’euros sont consacrés à la culture et 4 milliards d’euros à l’audiovisuel public. Les crédits d’impôt, tels le crédit d’impôt cinéma, qui permettent de soutenir notre modèle de création représentent 1,5 milliard d’euros. Les taxes affectées qui financent des établissements comme le CNC ou le Centre national du livre (CNL) représentent 1 milliard d’euros. Quant aux crédits interministériels, leur montant est de 3 à 4 milliards d’euros. Au total, l’effort public pour la culture se situe entre 13 et 14 milliards d’euros en 2017.

Nul ne peut nier par ailleurs que nos finances publiques sont dégradées : la dette est équivalente au produit intérieur brut, ce qui nous place dans la situation la pire en Europe.

Nous travaillons de façon intense, avec le discours d’Hugo pour boussole, discours qui encourage à faire des économies là où elles ont du sens. Comme le colibri avec sa petite goutte d’eau, nous faisons notre part dans l’effort de redressement des finances publiques. Il faut être solidaire d’une manière ou d’une autre. Cela ne nous empêchera pas de travailler pour que le budget de l’année prochaine soit cohérent avec les engagements pris.

En 2017 comme en 2018, notre ambition sera de mettre au cœur de notre politique culturelle la création, le soutien aux artistes, le patrimoine et l’éducation artistique.

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