Interview de Benoît Hamon, Ministre de l’Education Nationale, au Progrès

Nommé la semaine dernière au ministère le plus sensible, Benoît Hamon livre sa vision sur les sujets sensibles : formation des enseignants, rythmes scolaires, recrutement…

Quel premier bilan tirez-vous sur la formation des maîtres ?

Le fait que soient réunis sous un même ministère l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur et la Recherche, va me permettre un suivi très attentif des Espé, rattachées à l’Université. Il faut que les futurs enseignants accèdent non seulement aux savoirs disciplinaires dispensés par l’Université, mais qu’ils bénéficient également de l’expérience de terrain de professeurs détachés à temps partiel.
La refondation de l’École et la lutte contre les inégalités se jouent en grande partie dans la formation des enseignants.

Le Premier ministre a annoncé le maintien des créations de postes dans l’Éducation. Les 60 000 postes restent donc d’actualité ?

Oui, en intégralité. Je réaffirme nos trois priorités : la scolarisation des enfants de moins de 3 ans, la refondation de l’éducation prioritaire et le dispositif « plus de maîtres que de classes ».

La priorité accordée au primaire à travers ces mesures ne se vérifie pas sur le terrain.

Je comprends la préoccupation légitime des enseignants et des parents, si souvent échaudés par des promesses non tenues. Moi, ministre de l’Éducation nationale, je serai le garant de la création de 60 000 postes au terme du quinquennat. Pour des raisons mécaniques liées au temps du recrutement et de la formation, il faudra attendre 2015 pour constater cette montée en puissance.

La Cour des comptes s’interroge sur la pertinence des 60 000 postes…

La Cour des comptes ne compte pas les inégalités sociales ! Lincoln disait : « Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ». Si nous n’agissons pas, le chômage continuera d’augmenter et la perte de compétitivité s’accentuera.

Vous avez annoncé à l’Assemblée « un futur cadre réglementaire » pour les rythmes scolaires. Le décret Peillon est-il caduc ?

Non. Mais nous publierons un autre texte sous une dizaine de jours, en complément. Il s’agira d’un assouplissement significatif qui permettra de tenir compte des expérimentations de qualité, qui poursuivent l’objectif de la réforme mais peinaient à s’inscrire dans le cadre du décret de janvier. Le principe des 9 demi-journées sera maintenu mais je ne m’interdis rien. Les formules favorables à l’enfant primeront sur un cadre théorique trop strict. Je tends la main aux maires, en particulier ruraux, et à ceux qui rencontreraient des difficultés. Mon bureau est ouvert mais je tiens à avertir les élus qui, par pure provocation, comme M. Copé, affirment qu’ils refuseront d’appliquer la réforme, qu’ils se mettraient alors dans l’illégalité.

Après Vincent Peillon le réformateur, vous êtes soupçonné d’être le ministre de la paix sociale qui va donner les clés du ministère aux syndicats…

S’il y a la paix sociale, je serai content. Il y a deux temps dans une réforme : celui du texte, de l’abstraction, puis celui de la réalité. Ce second temps me revient. Je serai un ministre de terrain et je saurai aller aussi là où les choses ne vont pas. Je serai le ministre du peuple des écoles. Je poserai les actes de la lutte contre les inégalités sociales.

Propos recueillis par Philippe RIVET

Photo AFP

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