Copé sur la transparence, « Une vaste manœuvre de diversion » : mon interview au Nouvel Observateur

Mis en cause par « Le Point », le président de l’UMP annonce le dépôt de deux propositions de loi… qui « n’apportent pas grand chose », selon l’ancien trésorier du PS.

Après les accusations du « Point » d’avoir favorisé des proches, Jean-François Copé a annoncé lundi 3 mars le dépôt d’une proposition de loi imposant à l’ensemble des partis bénéficiant d’une aide publique de publier leurs pièces comptables depuis 2007, et un autre texte pour soumettre les « principaux dirigeants et salariés des médias » bénéficiant d’aides ou de fréquences attribuées par l’Etat aux mêmes contrôles que les parlementaires. « Une vaste manœuvre de diversion » puisque « la législation actuelle est déjà très stricte », selon Régis Juanico, ancien trésorier du PS de 2008 à 2012, député de la Loire, à l’initiative de la proposition de loi d’octobre 2010 sur le plafonnement des dons aux partis, « que l’UMP n’avait pas votée », rappelle-t-il.

Quelles sont les règles de transparence imposées actuellement aux partis ?

– Nous avons en France une législation sur le financement de la vie politique qui est une des plus avancées. Le système français inspire d’ailleurs déjà les autres pays. 1988, 1993, 1995… Les textes se sont succédés depuis une vingtaine d’années pour éviter la suspicion après certaines dérives. Aujourd’hui, nous avons un système aux règles très strictes qui fonctionne bien.

Toutes les formations politiques enregistrées à la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politique doivent publier leurs comptes. Chaque année, cette dernière contrôle la régularité de leurs dépenses et de leurs recettes. Les dons des personnes morales (c’est-à-dire des entreprises) sont interdits.

Qu’apportent les propositions de Jean-François Copé ?

– Pas grand-chose par rapport aux reproches qui lui sont faits en interne et par rapport aux informations du « Point ».

Actuellement, ce qui est publié au Journal officiel, ce ne sont pas l’ensemble des pièces comptables des partis. Mais tout citoyen a la possibilité d’avoir accès au siège de la Commission à ces comptes détaillés pour les élections présidentielles et législatives – que les journalistes du « Point » ont épluché pour la présidentielle de 2012 d’ailleurs. Faut-il aller plus loin ? Faut-il que les dépenses soient publiées facture par facture au lieu d’avoir une somme totale pour les dépenses de communication par exemple ? Pourquoi pas ? Je parle en mon nom, mais je pense que le PS n’y voit aucun inconvénient.

Concernant le financement des partis, il faut souligner que les demandes en faveur de davantage de transparence viennent de l’intérieur de l’UMP et concernent le fonctionnement du parti. L’ancien trésorier Dominique Dord s’était plaint d’une certaine opacité avant de démissionner. Au PS, nous sommes dotés d’une Commission de contrôle financier. Des membres du PS élus après chaque congrès se réunissent au moins deux fois par an, auditionnent le trésorier et son équipe sur le budget, et le contrôlent.

Comment interprétez-vous politiquement cette déclaration ?

– C’est une vaste manœuvre de diversion, encore une fois la législation actuelle est déjà très stricte. Je pense qu’il ne mesure pas dans quel piège il s’est lui-même mis. Si vraiment les informations du « Point » se confirment, il va lui-même se mettre dans la difficulté. C’est une fuite en avant qui peut paraître surprenante.

Propos recueillis par Anne-Sophie Hojlo le lundi 3 mars 2014

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