Cinquantenaire du cessez-le-feu en Algérie : mon discours au Congrès de la FNACA

Mes chers amis,

Je veux commencer par saluer à travers son Vice-président national, Michel Sabourdy, la FNACA, 1ère organisation d’Anciens Combattants, forte de ses 350 000 adhérents et de ses 4000 associations locales.

J’ai une pensée émue pour son ancien Président Wladislas Marek, qui nous a quittés l’an dernier, après 36 ans de bons et loyaux services en tant que Président national.

Je veux également saluer tout particulièrement le comité départemental de la FNACA Loire, le 2e par le nombre, ses 142 comités locaux, ses 9700 adhérents dont 1370 veuves, son Président dévoué Michel Huet et toute son équipe qui ont organisé de main de maître ce congrès du cinquantenaire à Saint-Etienne.

En ce 50e anniversaire du cessez-le-feu en Algérie, je veux remercier tous les membres de la FNACA pour leur fidélité remarquable, leur ténacité à organiser chaque année, contre vents et marées, depuis le 19 mars 1963, la journée d’hommage et de recueillement à la mémoire des 30 000 soldats Français, tombés en Afrique du Nord, pour la plupart des appelés ou des rappelés.

On me pose souvent la question : comment se fait-il que l’un des plus jeunes députés de l’Assemblée Nationale se batte chaque année -et nous ne sommes pas très nombreux en séance- pour défendre les droits des Anciens Combattants lors des discussions budgétaires ?

Ma réponse est simple : je le fais par respect, pour vous et pour tous les Anciens Combattants qui vous ont précédés pour défendre nos libertés et les valeurs fondamentales de la République. Je n’oublie pas le rôle des appelés du contingent, -votre rôle- pour mettre en échec le putsch des Généraux en avril 1961, à Alger.

Je le fais aussi par respect pour mon histoire familiale. Je n’oublie pas que mes grands-pères, pieds-noirs d’origine espagnole, étaient tous les deux à Monte-Cassino en 1944, qu’ils ont participé à la campagne de reconquête de notre territoire jusqu’en Alsace au sein d’un régiment de Tirailleurs Algériens. Je n’oublie pas que mon père, tout comme vous, a fait partie des deux millions de jeunes appelés qui ont servis en Algérie.

Les Anciens Combattants ont des droits imprescriptibles sur la Nation et sur nous tous, un droit à réparation morale et matérielle. Jamais, les Anciens Combattants ne doivent devenir des « Oubliés de la République ». Pendant cinq ans, nous nous sommes battus sans relâche à vos côtés. Il y a eu des avancées, nous n’avons pas obtenu gain de cause sur tout, et beaucoup reste à faire.

Sur la retraite du combattant, ne boudons pas notre plaisir, même si j’aurai souhaité que les revalorisations interviennent plus vite et profitent au plus grand nombre. Je rappelle qu’en cinq ans, du fait de ce qu’on appelle pudiquement « l’érosion naturelle des effectifs », ce sont 250 000 bénéficiaires de la retraite du combattant qui nous ont quittés.

Ce qui était exclu l’an dernier en raison de la crise, l’augmentation de trois points, est devenu possible cette année, tant mieux ! Même si nous avons toujours du mal à comprendre pourquoi l’année civile pour les Anciens Combattants ne commence que le 1er juillet… !

Mon autre grand regret, c’est que des mesures attendues par le monde combattant ont été remises à plus tard alors que nous sommes engagés dans une course contre la montre. Nous n’avons pas le droit de donner le sentiment de vouloir gagner du temps sur le dos des Anciens Combattants.

Il est logique que le budget des Anciens Combattants diminue chaque année : en cinq ans, ce budget a baissé de plus de 500 millions d’euros. Mais nous savons que sur cette somme économisée, quelques dizaines de millions auraient suffit à satisfaire les demandes légitimes que vous défendez :

–          l’extension de l’attribution de la carte du Combattant après le 2 juillet 1962, c’est un peu plus de 5 millions d’euros ;

–          la campagne double, mesure d’équité entre les « générations du feu », c’est 2 millions et demi d’euros ;

–          le relèvement du plafond de l’allocation de solidarité pour qu’aucun des conjoints survivants ne vivent en dessous du seuil de pauvreté, et l’extension de ce dispositif aux anciens combattants les plus démunis, là aussi, c’est un coût de quelques millions d’euros ;

–          l’augmentation de la valeur du point de pensions militaires et d’invalidité, idem…

Ces dossiers sont encore en suspens, il faudra les régler une bonne fois pour toute.

Dans les combats qu’il nous reste à faire aboutir, il y a bien évidemment la reconnaissance du 19 mars.

Je suis en désaccord avec Marc Laffineur, Ministre des Anciens Combattants, quand dans le débat parlementaire, il déclare que « les associations peuvent « fêter » l’anniversaire de la guerre d’Algérie à la date qu’elles souhaitent », en évoquant pêle-mêle le 19 mars, le 16 octobre, le 2 juillet ou le 5 décembre, date dont l’historien André Kaspi a dit qu’elle relevait « autant de l’arbitraire que de la fantaisie ».

Je ne partage pas son avis quand il déclare, il y a quelques jours, que « loin de réconcilier les mémoires, le 19 mars est une date qui les divise et ravive des plaies profondes de notre Histoire ».

Au contraire, le 19 mars est la seule date historique qui, dans les faits, rassemble : cette date de cessez-le-feu a été ratifiée par le peuple Français à plus de 90% lors du référendum organisé par le Général de Gaulle le 8 avril 1962. Un sondage IFOP nous indique que 84% des Français la plébiscitent aujourd’hui. De très nombreuses collectivités, départements et régions, comme la Loire et Rhône-Alpes, ainsi que plus de 20 000 communes, se sont prononcées, par le vote de vœux, en faveur du 19 mars.

Le 19 mars, au lendemain des accords d’Evian, ce sont les armes qui enfin se taisent sur le sol algérien, mettant un terme à 7 ans et demi d’affrontements meurtriers et à 23 ans d’état de guerre permanent pour la France depuis le début de la seconde guerre mondiale.

C’est un immense soulagement pour de nombreuses familles qui voient leurs enfants rentrer chez eux, même si ce retour au foyer se déroule dans l’indifférence générale.

Bien sûr, comme dans tous les autres conflits, le cessez-le-feu ne signifie pas la fin des violences, des souffrances. Il y aura après le 19 mars de grands drames :

–          80 000 combattants vont continuer à servir en Algérie, 500 vont mourir pour la France ;

–          un million de rapatriés -et c’est le cas de ma famille- vont devoir quitter brutalement leur terre natale ;

–          il y aura l’abandon et le massacre honteux de plusieurs dizaines de milliers de harkis par le FLN ;

–          il y aura aussi l’assassinat de civils par les terroristes de l’OAS.

Reconnaître le 19 mars, c’est rendre hommage aux jeunes appelés ou rappelés, près de 35 000 dans la Loire, qui ont sacrifié leur jeunesse là-bas. C’est rendre hommage aux 230 Ligériens qui y ont laissé la vie, tombés à l’âge de 20 ans… Tous ceux sur qui une chape de plomb de l’oubli pèse depuis trop longtemps.

Albert Camus disait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Il a fallu 37 ans et une loi d’octobre 1999 sous le gouvernement de Lionel Jospin pour reconnaître l’évidence : les événements en Algérie étaient bel et bien une « guerre ».

50 ans après, comme le dit Benjamin Stora, « il est temps de panser les blessures et de permettre à la France et l’Algérie d’écrire de façon sereine ce pan de l’Histoire dans un esprit de réconciliation. »

Si une nouvelle majorité parlementaire voit le jour à l’Assemblée Nationale, nous nous engageons à faire aboutir, dans la Loi, la reconnaissance officielle du 19 mars comme journée du Souvenir et du Recueillement.

Le temps presse : les Anciens Combattants d’Algérie ont tous entre 70 et 80 ans. Alors, mes chers amis, n’attendons pas qu’ils ne soient plus là pour leur donner la juste reconnaissance à laquelle ils ont droit.

Vive le 19 mars, et vive la FNACA !

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