« La reconquête du travail » en débat à l’Université d’été de La Rochelle

En introduction, Regis Juanico a précisé que l’objectif de l’atelier « reconquête du travail » était d’avoir une réflexion sur les moyens de redonner un sens au travail face à une approche purement comptable, l’approche Sarkozyste. Aujourd’hui de nombreux marqueur entrainent une perte de sens. Intensification du travail, taylorisation du secteur tertiaire, management par le stress, il est temps de repenser le travail différemment. Il a également évoqué la « supercherie » du gouvernement qui tente de faire croire à l’existence d’un volet pénibilité dans le projet de loi sur la réforme des retraites, confondant pénibilité et incapacité au travail. En outre, ce dispositif est très restrictif puisqu’il porte sur une incapacité physique permanente à hauteur de 20 %. De nombreux salariés vont s’en trouver exclus, notamment ceux qui auront été exposés à des produits, comme l’amiante,  dont les effets sur la santé sont différés et se manifesteront après la mise en retraite. Il est, en, ce sens, du devoir du PS de lutter contre ce projet injuste.

Corinne Rouxel est ensuite intervenue pour détailler des données statiques qui étayent un lien entre les emplois précaires et l’organisation des  conditions de travail. Il y a également, selon elle, un lien étroit entre ce type d’emploi et l’état de santé des personnes.

Pour Danièle Linhart, le véritable changement dans le travail moderne conduit à ce que la souffrance soit vécue de manière individuelle. Dans les années 30, il y avait déjà une grande pression mise sur le salarié mais l’existence d’un véritable collectif de travail permettait de gérer cette souffrance. Il y avait une forme de rapport de classe et  les moyens collectifs de la lutte contre la souffrance au travail étaient bien connus, notamment au travers le syndicalisme. Aujourd’hui, cette souffrance n’est plus partagée parce qu’elle renverrait à une inadaptation au travail. Alors qu’il y a une forte tension entre l’exigence de productivité et de l’exigence de qualité, le processus d’autonomisation et de responsabilisation des salariés est un piège qui se ferme sur eux les obligeant à se débrouiller seuls pour remplir ces objectifs, dans une logique du toujours plus avec toujours moins. Il y a homogénéisation de ces contraintes chez les salariés dans la mesure où même les cadres ne peuvent plus négocier leurs objectifs mais les subissent. Enfin, elle a insisté sur le fait qu’il y a au cœur de certaines politiques de management l’objectif affiché de déstabilisation systématique du salarié.

Philippe Askenazy s’est concentré sur ce que les politiques peuvent faire aujourd’hui, les leviers  dont ils disposent  et a décliné la proposition de création d’emplois verts. Selon lui, l’État et les collectivités territoriales ont les moyens d’imposer des emplois de qualité comme condition des appels d’offre des marchés publics. Revenant sur la question de la réduction du temps de travail, il a estimé qu’il s’agissait d’amorcer une réflexion sur le temps de travail tout au long de la vie en précisant que si l’on ajoutait le temps scolaire, de formation,  au temps de travail, le temps de travail français serait égal au temps de travail britannique. Catherine Mills a développé une proposition très détaillée de sécurisation des parcours professionnels qui viserait à ce que chaque personne, sortie du système de l’enseignement, s’affilierait à un service public qui lui garantirait tout au long de la vie le droit à une formation rémunérée dans les périodes de non emploi.

Pour Gaëtan Gorce, reconquérir  le travail est un travail collectif qui demande réflexion. La droite nous donne l’opportunité de reprendre le flambeau de l’emploi car Nicolas Sarkozy a oublié ceux qui se lève tôt et travaille dur pour ne s’occuper que de ses amis de toujours. Selon lui, ce qui est important, ce sont les conditions dans lesquels le travail est réalisé. Cette question est liée à un rapport de force au sein de l’entreprise qui n’est pas favorable aujourd’hui au salarié du fait de la crise. La crise a fait disparaître le débat sur la qualité du travail au profit d’un débat sur la nécessité du maintien de l’emploi. La donne est cependant en train de changer. Pour des raisons liées à la démographie les entreprises auront plus en plus de mal à embaucher et donc cela va peser en faveur d’une amélioration des conditions de travail. Il remarque que le travail en France est concentré sur les 25-45 ans et pour lui la cause doit être recherchée dans le fait que le travail en France peut être considéré comme cher parce que sur lui repose l’ensemble des financements de protection sociale. Les moins productifs sont donc laissés de côté. Il faudrait en ce sens redistribuer la fiscalité sur le travail. Il a regretté que les politiques de l’emploi se fondent sur un système qui privilégie l’assurance mais néglige le reclassement. Les exonérations de cotisation devraient être réorientées en ce sens vers l’investissement dans la formation et l’insertion. Il faudrait en outre  recréer des droits individuels comme celui de la formation individuelle. Enfin, il faut s’attaquer aux politiques de management et il y a, sur ce sujet, un véritable combat culturel à mener.

Les interventions ont laissé place à un riche débat avec le public. Claire des Yvelines, enseignante en ZEP, estime qu’aujourd’hui rien n’est fait face à la souffrance des travailleurs pauvres,  une souffrance engrangée par le fait de se trouver dans la situation de travailler sans pouvoir vivre décemment. Frédéric du 20ème arrondissement de Paris a pris la parole pour expliquer que la dimension collective du travail a été détruite par la droite qui a menti sur le « travailler plus pour gagner plus ». Henri a enfin estimé qu’il fallait développer un véritable discours sur la santé des chômeurs. Régis Juanico a conclu sur la responsabilité de la gauche dans la restauration du code du travail. Il faudra revenir notamment sur les éléments de  remise en cause de la réduction du temps de travail. Il a insisté sur la mise en place de nouveaux mécanismes de prévention de l’usure professionnelle, comme l’aménagement des secondes parties de carrière ou encore le tutorat.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.