Audition de Roselyne Bachelot sur le parcours des Bleus en Afrique du Sud

Compte-rendu de la réunion du site Le Point.fr :

Roselyne Bachelot, souriante dans son tailleur blanc, peaufine son dossier, rouge, annote quelques fiches. A sa gauche Michèle Tabarot, présidente UMP de la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale. Tous les membres de ladite commission encerclent les deux femmes dans la salle Lamartine du Palais Bourbon, prêts à dégainer leurs questions. Si le 15 juin dernier, c’est Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, qui faisait face à la représentation nationale pour répondre de la gestion de l’épidémie de grippe A, quinze jours plus tard, c’est dans son costume de ministre des Sports qu’elle doit expliquer le fiasco de l’équipe de France à la Coupe du monde de football.

Dans son propos liminaire, et après avoir adressé un salut appuyé à ses prédécesseurs au ministère des Sports Jean-François Lamour (UMP) et Marie Georges Buffet (PCF), tous deux membres de la Commission, Roselyne Bachelot rappelle les faits, désormais connus de tous, cette « situation qui a fait de la France la risée du monde entier ». Elle raconte sa version, ce qu’elle « a vu » en Afrique du Sud. Ou entendu. Ou lu. S’étonnant d’avoir « vu sa photo en une de journaux dont elle n’a jamais entendu parlé » tant l’affaire a pris de l’ampleur. L’insulte de Nicolas Anelka à Raymond Domenech, le refus des joueurs de s’entraîner avant leur dernier match, la démission en direct à la télévision du numéro 2 de la FFF Jean-Louis Valentin… Roselyne Bachelot rejoue le triste match. « J’ai vu des joueurs qui fonctionnent en autarcie, coupés de la Fédération et de leur équipe technique », résume-t-elle finalement.
Elle parle de son intervention, « à la demande de Nicolas Sarkozy », le 22 juin, à la veille du dernier match des Bleus. Une tentative pour « éviter un drame », dit-elle carrément. Ce drame qui aurait été que « pour le match contre l’Afrique du Sud, le pays hôte, l’équipe de France ne soit pas présente sur le terrain ». Finalement, c’est à un autre « drame » qu’ont assisté les Français. Une équipe de France défaite, à dix. Un sélectionneur qui refuse de serrer la main de son homologue sud-africain… Une fois rappelées ces scènes pathétiques, Roselyne Bachelot redit que « pour tirer les enseignements de ce désastre, le président de la République a souhaité que soient organisés à l’automne, des États généraux du football, qui permettront d’envisager le fonctionnement de l’équipe de France ».
Et de lire aux élus le mot qu’elle a lu à l’équipe de France lors de sa fameuse « intervention ». Ces mots qui, avait-elle dit à l’époque, avaient eu beaucoup d’effet sur les joueurs : « Ils m’ont applaudie, ils ont pleuré », avait elle dit.
« Je vous parle comme à une mère »
Verbatim : « Je ne suis pas venu devant vous pour porter des jugements et instruire des procès. Ce temps viendra plus tard, soyez en convaincus. Vous avez perdu la bataille de la communication, mais vous avez perdu beaucoup plus. Vous avez perdu l’estime de la classe politique, de la presse, y compris de la presse mondiale, du monde du sport, des citoyens, des sponsors, des jeunes. C’est pour vous un désastre. Dans ce champs de ruine, je suis la seule à vous avoir soutenue.
Je vous parle comme une mère. Je peux vous parler franchement parce que je ne vous ai jamais tiré dans le dos. Ce n’est pas seulement un mauvais moment à passer. Ce sont tous ces gosses pour lesquelles vous ne serez plus des héros (…) C’est l’image de la France que vous avez ternie. (…) Demain, c’est votre dernier match de cette coupe du monde. Avant le match réputé impossible contre les All Blacks, Raphael Ibanez (le capitaine du XV de France de rugby en 2007) avait écrit une seule phrase au tableau : Comment voulez vous que l’on se souviennent de vous ? Oui, comment voulez vous que l’on se souvienne de vous ? Je leur ai dit : battez vous ».
« Le politique ne saurait faire ingérence dans la gouvernance des instances sportives »
Une semaine plus tard, en France, à l’Assemblée Nationale, place au débat avec les élus. Il est évidemment question d’ingérence. Le président de la Fifa Josef Blatter a en effet menacé mardi la FFF d’une suspension « en cas d’ingérence politique » : « En France, c’est devenu une affaire d’État, mais le foot doit rester entre les mains de la FFF », a-t-il critiqué. Alors Bachelot répond, au lendemain de la démission de Jean-Pierre Escalettes de la présidence de la FFF qu’elle avait qualifié la semaine dernière d' »inéluctable » : « En aucun cas, le politique ne saurait faire ingérence dans la gouvernance des instances sportives. Autant je m’attache à préserver la Fédération de toute ingérence autant je resterai extrêmement attentive à ce qu’elle respecte scrupuleusement ses statuts dans la période actuelle ».
Il est ensuite question de « chronique annoncée de défaite », de prémices qui auraient dû alerter, comme ce « groupe de joueurs insupportables et ce sélectionneur aux abonnés absents », dixit Roselyne Bachelot. Il est question de sport amateur. Le PS s’agace par la voix du député socialiste de Paris Patrick Bloche : « sans les collectivités territoriales il n’y aurait plus de sport ! L’État ne donne plus de fric »…
Les salaires démesurés des joueurs sont bien évidemment pointés du doigt. Mais il est surtout question de démesure. La gauche juge en effet « surréaliste » (dixit le député Régis Juanico) cette audition. Donne-t-on trop d’importance au fiasco des Bleus ? « On ne peut pas dire : ‘Circulez il n’y a rien à voir’ « , rétorque Roselyne Bachelot. « Ce n’est pas nous qui avons créé l’émotion inouïe, une émotion à la mesure de ce qu’est cet évènement mondial dans ce qu’est l’imaginaire collectif ! », s’exclame-t-elle.
N’empêche, la député maire de Rouen socialiste Valérie Fourneyron déplore la « multiplication de déclarations d’acteurs politiques et sportifs » et juge qu’une « médaille a été gagné » : « celle de la démesure », accusant le gouvernement de chercher « à faire diversion ». A parler du foot plutôt que de la réforme des retraites ou de la polémique qui grandit autour d’Eric Woerth, en somme. Selon Valérie Fourneyron, en Afrique du Sud, « nous avons perdu parce que nous n’avons pas été à la hauteur ». Simplement. Elle pourra en faire part à Jean-Pierre Escalettes et Raymond Domenech, auditionnés à leur tour mercredi par la commission des Affaires culturelles.

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